La marche de Edgar Lawrence Doctorow
(The march)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Tistou, le 6 février 2012 (Inscrit le 10 mai 2004, 68 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (14 966ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Au cœur de la guerre de Sécession

E.L. Doctorow prend le parti de nous immerger totalement au sein de l’armée du Général Sherman, Général nordiste (et non pas confédéré, merci Patman !), qui, à la tête d’une armée de 60 000 hommes, déferle sur la Georgie, la Caroline, dévastant et combattant tout ce qui bouge. A cette armée s’agglomèrent progressivement tous les esclaves libérés qui, désemparés, ne se sentent pas d’autres ressources que de suivre l’armée en marche. Ce n’est pas pour autant un roman de guerre puisque c’est aussi d’amour qu’il s’agit, d’amours faudrait-il dire.
Je m’aperçois par ailleurs, à l’heure de taper cette critique, ayant lu d’autres Doctorow depuis, que cette « Marche » est assez atypique dans son œuvre ; d’abord parce qu’est – quelque part – un roman historique, et ensuite parce que Doctorow ici se tient à l’histoire, ne digresse pas autant qu’il en a coutume. (Lire un E.L. Doctorow c’est accepter de s’intéresser à mille sujets à la fois qu’il traite en digressant au fil de son histoire et au fil des rebonds) Non, dans « La Marche » la lecture est beaucoup plus linéaire, ou tout au moins moins éparpillée.
Deux grands axes dans sa narration : l’axe historique, la marche de l’armée commandée par Sherman, dans le genre « Panzer », et les histoires d’amour – une seule sera la bonne et parviendra au bout du roman, une improbable histoire entre Calvin et Pearl, l’ex-esclave mulâtresse. Ca en fait un Doctorow pas si difficile à lire. Je n’en dirais pas autant d’autres … ? Une très belle galerie de personnalités ; des saintes aux plus vénales, des flamboyantes aux plus mesquines … La vie quoi …

« Dans la rue, le quartier tout entier, régnait un silence surnaturel quand les premiers d’entre eux firent leur apparition. Montés ou à pied, sans être précisément timides, ils n’étaient pas arrogants non plus. Et qu’ils étaient donc jeunes. Peu avaient l’âge de Foster Thompson quand il était tombé. Un lieutenant mit pied à terre, ouvrit la grille de fer forgé et s’avança dans l’allée. Il se tint au pied des marches, la salua et dit qu’elle n’avait rien à craindre. Le général Sherman ne fait pas la guerre aux femmes et aux enfants, dit-il.
…/…
Et puis il y en eut tant que la rue en fut inondée et qu’ils se répandirent à travers les cours et les jardins comme une rivière envahissant ses berges. Des chariots bâchés de toile blanche tirés par des attelages de mulets firent leur apparition, les muletiers avaient retroussé leurs manches, et derrière eux venaient des affûts, l’acier des canons reflétant le soleil de la fin d’après-midi avec de soudains et violents éclats de lumière évocateurs du pouvoir qu’ils avaient de cracher la mort. »

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Le chemin du changement

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 55 ans) - 29 mars 2025

Encensé par la critique, ce roman a clairement été écrit dans le but de pondre le fameux « Great American Novel » que tout auteur étasunien convoite. Il y a quelque chose de formulé dans l’approche. Premièrement dans le choix de décor – la guerre de sécession. Ensuite dans la forme – le roman épique.

Mais on apprend peu de cette période de l’Histoire américaine, dont l’utilisation se réduit à une marche destructrice d’Atlanta à Savannah. L’essentiel du récit se concentre sur l’entourage du général Sherman, particulièrement Pearl, une jeune esclave à la peau claire qui se fait passer pour un garçon au tambour et plus tard tombe en amour avec un homme blanc. Il y a aussi, une aristocrate coincée dans une relation sans passion avec un chirurgien. Enfin, deux rebelles dont les clowneries allègent le propos lourd.

« La marche » est une œuvre axée sur les grands thèmes : race, guerre, amour etc. Bizarrement, puisque l’Histoire y joue un rôle secondaire, je m’attendais à une approche plus humaine des personnages. L’auteur conserve une distance avec les émotions en saupoudrant les dialogues et choisissant de nous raconter les faits au lieu de nous plonger au milieu de l’action.

Ce n’est pas une grande œuvre de fiction historique mais un divertissement assuré.

-Prix National Book Critics Circle, Prix PEN/Faulkner-

blancs et noirs

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 76 ans) - 16 mars 2021

Des personnages se croisent et se décroisent au cours de la longue marche vers la mer du général Sherman, un raid sans pitié (et sans ravitaillement) à travers les états confédérés, qui mit fin aux cinq années de la Guerre de Sécession. Soldats exténués, vêtus de hardes et obligés de se nourrir sur l’habitant, blessés amputés souvent sans raison, profiteurs de tout poil juste bons à piller et violer, et une armée d’esclaves "libérés", suivant la procession en direction d’une quelconque "Terre Promise", tel est le fardeau que devra porter Sherman pour mettre fin à cette interminable guerre. Le roman de Doctorow, profondément humaniste et antiraciste, se focalise sur un certain nombre de caractères, parmi lesquels se distinguent Wrede Sartorius, le chirurgien aux mains d’or, aux méthodes originales quoique peu appréciées de ses confrères, et Pearl, la jeune négresse blanche à la beauté rayonnante dont va tomber amoureux Stephen Walsh, un soldat de l’Union. Loin du mélodrame auquel on s’attend au vu de la galerie de figures sur lesquelles l’auteur s’est plus particulièrement penché, bons et méchants mêlés, il s’agit d’un pamphlet contre la guerre et les joutes politiciennes qui conduisent à ses pires atrocités, un pamphlet aussi contre l’esclavage, qui hélas ne tardera pas à muer en discrimination raciale.

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  Rectificatif... 4 Patman 9 février 2012 @ 14:17

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